28 mars 2006

c'est où ?

Belle île...

Retour sur la planète lac après deux jours dans la ville. Un dernier regard au luxueux hôtel Llao Llao (prononcer chao chao) dans les brumes matinales, depuis le petit port de Puerto Pañuelo d'où je pars, et c'est parti pour une nouvelle traversée du lac en bateau...



Cette fois-ci les paysages grandioses et sauvages du parc national ne me sont plus inconnus et je savoure la sensation de me sentir déjà un peu chez moi... Des mouettes gracieuses suivent le bateau et jouent avec les passagers à attraper les biscuits qu'ils tendent au-dessus de leur tête, c'est un spectacle étonnant et on se prend vite au jeu !



Aujourd'hui je fais une escale dans un lieu unique au monde et très protégé, le Bosque Arrayanes. La journée est superbe et depuis le ponton je suis une fois de plus abasourdie par la transparence cristalline des eaux de ce grand lac d'origine glaciaire, qui prennent des teintes infinies de couleur selon leur profondeur et la lumière du moment...



Puis par un chemin de planches de bois, je pénètre dans cette forêt étrange où se sont développés de manière exceptionnelle les arrayanes, arbustes remarquables par leur écorce couleur cannelle, fraîche et humide au toucher, si fine qu'elle s'en va par lambeaux en laissant des zébrures blanches. Ici ils ont atteint le statut d'arbres, mesurant jusqu'à 15 ou 20m. Leur couleur étonnante et leurs formes étranges et torturées sont un enchantement.



De retour sur mon "lieu de travail", Puerto Anchorena, je respire à pleins poumons et m'extasie une fois de plus sur le fait que je ne me lasse pas de ces paysages de montagnes et de lacs, chaque jour differents à mesure que l'automne arrive, chaque heure différents à mesure que la lumière et le ciel changent.



Moi qui avais peur de m'ennuyer les premiers jours, cette semaine j'ai pris conscience que la routine n'existait pas ici. Il y a toujours des trucs à faire à droite à gauche, toujours du nouveau chaque jour. Dans la série plus ou moins sexy, j'ai fait de la traduction pour touristes qui comprennent rien, de la peinture et du jardinage (on est en train de retaper un bâtiment), assisté avec une fascination morbide au dépecage de cerfs et de sangliers, et j'ai enfin découvert où terminaient les déchets non organiques de l'île : dans un incinérateur artisanal bien polluant, genre barbecue mais où on cuisinerait des poubelles, après tri manuel par nous-mêmes du métal et du verre dans le magma gluant des immondices. Un vrai moment de bonheur ! Je peux vous dire que ca motive pour trier ses déchets après.


Mais le côté sexy à été très riche aussi, j'ai eu la chance de découvrir de nouveaux endroits de l'île, à pied, à cheval, en jeep ou en bateau ! Le beau temps est au rendez-vous même si la chaleur ne suit pas toujours et c'est le bonheur !


Puerto Pampa où j'ai juste eu le plaisir de faire un petit tour en zodiac et à pied avec Gerardo, un des rangers super sympas que je vous présenterai plus tard... La plage est jonchée de pierres d'origine volcanique aux couleurs hallucinantes, il y a du bleu, du vert, du rose !






Puerto Radal où nous avons été changer une citerne d'eau potable... Ah la la je ne vous raconte pas le système D ici, ce sont vraiment les rois ! Je ne reviens toujours pas de la manière dont ils ont réussi à recréer un tout fonctionnel à partir de morceaux de tuyauterie de tailles, de matières et de degrés de rouille hétéroclites récupérés à droite et à gauche... et vas-y que je rajoute une épaisseur de bois parce que le tuyau est trop long, et vas-y maintenant que je te rajoute un bout de tuyau parce que finalement avec l'autre morceau qu'on a changé c'est trop court mais bon faut quand même le rabotter un peu parce que sinon ca coince. Trop fort. D'ailleurs ici ils sont très fiers de leur polyvalence et une de leurs blagues préférées c'est de se moquer des rangers américains, ultra-spécialisés au contraire, qui sont obligés d'appeler du renfort quand la climatisation de leur jeep tombe en panne (histoire véridique bien sûr, vécue par un ranger argentin en visite aux USA)... Ici, de gauche à droite, Mati, Emma, Tata et Seba.




Enfin voilà, le bonheur sur cette île est fait d'une multitude de petits plaisirs simples...


Contempler un bon petit stock de bûches que tu viens de t'éreinter à découper, avec la perspective du bon chauffage que ca va te faire pendant une semaine, sans couper du couper du bois !


Manger du bon pain fait maison, que tu as regardé lever avec amour et patience...


Pêcher à la ligne (j'entends pour l'instant par pêcher le fait de manier un canne à pêche, pas encore de capturer des poissons quand même...) depuis le ponton en regardant le soleil se coucher derrière les montagnes...


Sauter dans l'eau glacée du lac quand elle a chauffé d'un ou deux degrés en surface à la fin du jour et se piquer des fous rires tellement t'es gelé et que tu sens plus rien et que t'es vraiment débile de faire ca !


Jouer aux cartes dans le bureau d'accueil des rangers, tout en buvant du maté et en grignotant des biscottes tartinées de dulce de leche (dessert national qui fait le bonheur des petits et des grands, pâte au goût de caramel qui serait l'équivalent de notre nutella mais en encore plus répandu) et les cacher dans les tiroirs du bureau comme des gamins quand des gens arrivent, juste pour avoir l'air plus sérieux, tu parles...


Faire des ballades en jeep en mode conduite de rallye, dans les chemins défoncés de terre et de cailloux qui parcourent l'île... Ca secoue et c'est ca qui est bon !


Et puis bien sûr être adoptée par une bande de rangers-chasseurs-aventuriers argentins, pépères, chaleureux et bons vivants, qui m'apprennent à parler comme une bûcheronne à renforts de grands fous rires et qui m'ont maintenant baptisée "Sarita", parfois raccourci en "Sari". Et je dois dire que ca ne me déplaît pas...