La quebrada de Cafayate et les valles Calchaquíes
Ce matin nous quittons Salta sous les nuages, en direction du sud. Nous traversons plusieurs petites villes et villages, saluant quelques gauchos à cheval sur notre route. Petit à petit nous nous enfonçons dans une campagne tropicale, très verdoyante. Cela nous a surpris au début car nous imaginions tout le nord du pays plutôt aride et désertique. C'est le cas quand on monte vers la cordillère, mais les vallées en revanche sont très vertes et le contraste est frappant. Le ciel se dégage peu à peu, nous mettant du baume au coeur. Nous aurons eu un temps vraiment incroyable pendant toutes ces dernières semaines. Quand on sait que quelques semaines avant le nord a été innondé par de violents orages comme ils n'en avaient vu depuis belle lurette, on se sent vraiment chanceux. En plus nous sommes presque seules sur la route, seules au milieu de cette beauté grandiose, ce qui nous rend totalement euphoriques ! Plus on s'avance vers la quebrada de Cafayate, plus la roche rouge qui compose les montagnes apparaît sous la végétation.
Une fois de plus nous sommes stupéfaites par les couleurs hallucinantes des montagnes !
Puis nous pénétrons vraiment dans les reliefs les plus tourmentés de la quebrada. Elle se nomme ici Quebrada de las Conchas. Le long de la route sont indiqués par des panneaux les sites les plus exceptionnels. Premier arrêt, la Garganta del Diablo, la gorge du diable. Et nous voilà en train de crapahuter dans cette gorge à vif, l'impression de remonter l'oesophage d'un monstre endormi à la langue râpeuse.
Nous passons ensuite dans l'anfiteatro, puis devant le sapo, le crapaud, drôle de rocher posé au bord de la route, comme tombé du ciel et qui ressemble vraiment à un gros crapaud hideux de deux mètres de haut façonné dans la boue. Vient ensuite l'obélisque, qu'au vu de sa taille peu élancée Hélène décide de rebaptiser la corne de rhinocéros (et elle s'y connaît en rhinos, elle a bossé sur eux au Kenya, alors je l'approuve sans hésitation). Apparaît un peu plus loin une drôle de formation baptisée Casa de los loros, la maison des perroquets. Il paraît que cette zone en regorge. A vrai dire, nous avons croisé des milliers de petits perroquets verts, bleus et jaunes, tout au long de la route, perchés dans les arbres. Mais il faut croire qu'ils avaient déserté leur maison car c'est le seul endroit où nous n'en avons pas vu !
Arrêt obligatoire devant une petite bicoque qui expose ses lamas. Ce sont les premiers que nous voyons ! Une autre voiture de touristes s'arrête peu après nous. Et là toute guillerette une dame s'approche un peu trop vivement de l'un d'eux. Ca ne loupe pas. Dans mon dos j'entends "psshtt" (le lama) et "oooooooh" (la dame) et "ah, celui-ci a mauvais caractère" (la propriétaire des lamas). Comme le sait le capitaine Haddock, "quand lama pas content, lui toujours faire ainsi". Et une touriste de repeinte ! Ah, c'est facile de rigoler du malheur des autres... Ainsi prévenues, nous nous laissons guider par la propriétaire vers les lamas sociables, elle nous donne de grosses poignées de maïs pour vivre l'expérience unique de se faire chatouiller les mains par une langue de lama.
Tout se passe donc sans effusions de salive. Car le lama est fier et il faut le respecter.
Nous repartons et passons ensuite devant las ventanas, les fenêtres...
Puis nous sautillons dans les champs de cactus (je crois que dans le coin il n'y a pas une plante qui ne soit hérissée d'épines, elles sont toutes plus longues et acérées les unes que les autres)...
... pour aller observer de plus près les castillos, véritables châteux forts naturels.
Avant d'arriver à Cafayate, nous croisons des champs de dunes argentées. Pourquoi pas ? La nature est tout simplement incroyable, sa richesse et sa diversité nous laissent béates...
Autour de Cafayate on trouve quelques bodegas aux vins renommés, oppulentes villas nichées au milieu des vignes. Nous ne sommes plus à une surprise près et tomber sur une oasis de verdure juste après les paysages rocheux et désertiques dont nous sortons est... normal bien sûr !
Nous poursuivons un peu plus au sud pour atteindre les ruines incas de Quilmes. En fait cette cité fut fondée au 11ème siècle par les Indiens quilmes, qui ont ensuite subi l'invasion inca au 15ème siècle. Les 5000 âmes que comptait cette cité ont survécu à cette invasion mais pas au siège, ultérieur, exercé par les Espagnols, qui ont déporté les 2000 derniers indiens à Buenos Aires au 17ème siècle...
Le site est immense et stratégiquement positionné dans un amphitéâtre naturel. Mais les cardones, immenses cactus centenaires (quand on sait qu'ils poussent d'un centimètre par an, le calcul est vite fait) en sont les seuls habitants actuels.
Pour ceux qui n'ont jamais vu l'intérieur d'un cactus (et ne mentez pas, je sais qu'il y en a parmi vous), en voici un en exclusivité :
Nous rentrons ensuite passer la soirée dans la douce Cafayate. Après avoir acheté en bonnes touristes des ponchos en laine de lama, nous allons déguster du chevreau, grillé ou en ragoût, autour d'un bon petit vin blanc, spécialité de la région. Enfin déguster, le mot est un peu fort pour moi qui n'ai presque rien senti vu que j'avais le nez complètement bouché. Mais d'après Hélène, c'était très bon. Après une nuit dans une autre charmante auberge au patio fleuri, nous repartons à l'assaut des valles Calchaquíes. Nous croisons des myriades de petits villages aux maisons en pisé et aux blanches églises. C'est là qu'on peut observer un style architectural très pittoresque, baptisé style "colonial espagnol calchaquies" (les Calchaquí étaient les indiens de la région). Car ici même les maisons en pisé les plus modestes arborent des colonnes néoclassiques voire des arches mauresques !
On croise aussi des styles non catalogués, qui à moi m'ont donné l'impression de débarquer dans Star Wars sur la planète Tatooine (mais oui, vous savez, là où vit Luke Skywalker quand il est enfant).
A propos, j'ai oublié de vous dire, nous sommes à nouveau sur la mythique route 40 ! Elle traverse l'Argentine du nord au sud sur presque 4000 km, en longeant la cordillère. Et je ne suis pas peu fière d'en avoir fait un gros bout jusqu'à l'extrême sud et maintenant un autre petit bout au nord !
Tout au long de la route les flancs des collines sont parfois marqués de tâches rouge vif. Ce sont des champs de poivrons qui sèchent paresseusement, abandonnés au soleil.
Il se dégage de tous ces petits villages, perdus dans les montagnes, brûlés par le soleil toute l'année, une langueur qui colle à la peau, douce mélancolie. Le temps paraît suspendu.
Mais pas pour nous malheureusement, nous nous éterniserions bien un peu plus mais nous devons poursuivre la route. Quittant la route 40, nous abordons la dernière partie du trajet qui nous ramène à Salta, traversant tout d'abord le parc national Los Cardones. Etendues désertiques peuplées de cactus...
La fameuse "recta de Tin Tin", ligne droite de 14 km au milieu du désert...
Nous reprenons de l'altitude et débouchons dans Cachi Pampa. C'est un plateau désertique à 3000 m d'altitude. Premières sensations dans l'altiplano, paysage typique de la Cordillère des Andes, qui commence dans la région où nous sommes pour prendre toute son ampleur en Bolivie et au-delà...
Le plateau est peuplé de vaches, cheveaux, ânes... tous à l'état semi-sauvage. Sans oublier les guanacos et les condors. Enfin on sent qu'on dérange quoi.
Arrivée au fabuleux col de la Piedra del Molino, 3400 m d'altitude. Au-dessus des nuages... On prend une grande respiration avec ce qu'il reste d'air. Une fois de plus une petite larme me monte à l'oeil, comme à chaque fois que la nature me met une grande claque dans la gueule. Et ça n'arrête pas ici...
Nous touchons à la fin de notre premier circuit. A travers cette "valle maravillosa", par une spectaculaire route de corniche, nous passons progressivement sous les nuages, pour redescendre sur terre.

































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